Quand la route devient un élément de prise en charge.

Par Eliott Trümpler, étudiant de 3ème année. Partir deux mois en stage Erasmus en Ontario, c'est l'assurance de découvrir une nouvelle culture, un autre système de santé et une autre manière de pratiquer les soins ambulanciers. C'est aussi découvrir un environnement très différent de celui que l'on connaît en Suisse romande.
Parmi les choses qui m'ont le plus marqué, il y en a une à laquelle on ne pense pas forcément : l'état des routes.
Au Canada, surtout dans les régions du nord où l'hiver est particulièrement rude, les conditions de circulation peuvent se dégrader très rapidement. La neige et la glace obligent les services d'entretien routier de l'Ontario à déployer des moyens importants, mais les routes restent souvent dans un état médiocre.

Cela a aussi un impact sur la prise en charge préhospitalière. Un ambulancier ne fait pas « juste » une évaluation, ni « juste » un transport d'un point A à un point B : il doit tenir compte de plusieurs paramètres, et l'état de la route en fait partie intégrante.
Une fois le ou la patient·e installé·e dans l'ambulance (le truck), on pourrait penser que le plus dur est fait. Pourtant, l'état de la route et la manière de conduire influencent directement ce que vit le ou la patient·e, ainsi que son état clinique.
Une étude publiée en 2024 indique que les irrégularités de la route génèrent des vibrations qui se transmettent au brancard, puis au patient, avec un impact possible sur le rachis (le dos et le cou) et l'abdomen [1]. Une autre étude, publiée en 2026, montre que les ralentisseurs et les routes dégradées ont un effet important sur le confort des patient·e·s, avec des vibrations marquées au niveau de la tête et de la région sacro-coccygienne [2].
Pour un patient traumatisé, douloureux ou instable (dont un ou plusieurs systèmes sont à risque de se péjorer), cela prend une autre dimension. Les accélérations, les freinages et les irrégularités de la chaussée rendent le trajet inconfortable et peuvent aussi avoir des répercussions sur l'état du patient [3]. En effet, conduire en urgence ne veut pas dire rouler vite : c'est aussi rouler en sécurité, avec une conduite souple.
Cette problématique prend encore plus de sens au Canada, où l'hiver est rude et où les moyens déployés contre la neige n'empêchent pas la dégradation des routes. Nous avons pu constater cet aspect, auquel nous ne sommes pas forcément confrontés en Suisse et auquel nous n'avions pas pensé avant d'arriver ici.
Pour résumer, la route devient un élément de prise en charge à part entière. Elle influence le confort du patient, les contraintes mécaniques qu'il subit et la possibilité de réaliser certains soins.
Bibliographie
Uchima PV, Idehara SJ. Assessing patient transport conditions during ambulance transit. Proc Inst Mech Eng H. 2024. doi:10.1177/09544119241240908
Human body dynamics simulation and comfort evaluation of interhospital transport patients with different road conditions. PLoS One. 2026. doi:10.1371/journal.pone.0341608. PMID: 41843579.
Becker J, Hugelius K. Driving the ambulance: an essential component of emergency medical services: an integrative review. BMC Emerg Med. 2021;21(1):160. doi:10.1186/s12873-021-00554-9




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