• Florian Ozainne

Premiers pas.

Un texte de Tim Blattmann, étudiant de 3ème année en Stage au Guatemala chez Bomberos & Paramédicos Municipales Departamentales Santa Isabel Villa Nueva !




Je pourrais parler d'Éric, expat' belge depuis plus de dix ans, qui tient un restaurant au

coeur d'Antigua et qui chaque semaine achète des billets de loto non pas pour gagner le gros lot, mais pour permettre aux vendeurs de se faire un peu d'argent. Je pourrais parler d'Ambrosio, notre guide dans la jungle guatémaltèque, dont le fils est parti aux États-Unis et a dû payer 10'000$ – toutes les économies de son père – pour pouvoir gravir une échelle, enjamber le fameux mur et poser ses chaussures probablement trouées sur the land of opportunity (« si les gardes-frontières ne te tirent pas dessus sur les dix premiers mètres, normalement c'est bon » m'a dit Ambrosio).


Je pourrais parler de cette première soirée à Antigua, au restaurant d'Éric, où

Guillaume, un globe-trotteur reconverti dans le juteux business de la crêpe au Guatemala, n'a cessé de m'appeler « pompier volontaire » et de me dire en rigolant que je devrais lui léguer ma fortune suisse, car je n'allais pas survivre à mon stage. Je pourrais parler des iraniens rencontrés au Belize, de l'exquise douceur du Río Dulce, de l'absurde douane de Punta Gorda – et de tant d'autres choses encore.

Mais je me dois de parler un peu d'ambulance, après tout.

Découverte du matériel d'intervention

Le service dans lequel j'effectue mon stage – Bomberos & Paramédicos Municipales

Departamentales Santa Isabel Villa Nueva, pour le nom complet – fait un peu figure

d'exception au Guatemala. Ils ont en effet le privilège de recevoir du matériel sanitaire livré par avion-cargo depuis les États-Unis, le frère du commandant étant pompier à Los Angeles et responsable de ladite livraison.


Cela veut dire que dans leur ambulance se trouvent entre-autres un AutoPulse, les mêmes médicaments que ceux utilisés en

Suisse, un ultrason pour réaliser des échographies aux femmes enceintes (peu et mal suivies ici durant leur grossesse) ainsi que du matériel d'intubation (geste dont ils ont l'autonomie). La double casquette ambulancier - pompier est portée par beaucoup ici.


Ils sont aussi formés au secours en rivière et en montagne (les volcans, certains en éruption, sont foison dans le coin).


Qui sont ces hommes et ces femmes, au nombre de douze, qui chaque mois, payés

500$, enchaînent 48h de travail avec 48h de repos (les rares réussites européennes qu'on nomme « vacances » et « code du travail » ne semblant pas avoir traversé l'Atlantique) ?

Il y a Walter, El Comandante, qui fait partie de ces hommes dont leur sérieux n'a

d'égal que leur capacité à faire des blagues bien placées.


Il y a Sheila, étudiante ambulancière, dont les carnets de révision n'ont rien à envier aux notes des 2ème de l'EsAmb.


Il y a David, ambulancier et éducateur canin, qui souhaite monter au sein du service de Villa Nueva une section canine spécialisée dans le sauvetage de personnes.




Il y a Emily, formée avec quatre autres pour répondre directement aux appels qui

arrivent sur le téléphone de la centrale.


Il y a Pablo, ambulancier et pompier de 25 ans qui, dans son temps libre, a passé le

diplôme d'avocat (rien que ça).

Il y a Lulu, dont toutes les activités sont inextricablement faites en musique.

Et il y a tous les autres, que je n'ai pas encore rencontrés.

L’équipe est jeune, chaleureuse, dynamique. J’ai été très bien accueilli et intégré. Ils

ont pour la plupart suivi durant trois ans le cursus de « Technicien d'urgences médicales

» auprès de la Faculté des Sciences de la Santé de l'Université Galileo Galilei.




Ici, les interventions sont classées en P1 ou P2. Au sein de la centrale se trouve une

clinique tenue par les ambulancier.e.s où les habitants de Villa Nueva peuvent se rendre pour recevoir les premiers soins d'urgence ou pour une consultation médicale plus classique. Additionnées, le nombre d'interventions oscille entre 10 et 16 par tranche de 24h. Pour varier les plaisirs, j'effectuerai des gardes de 12h, 24h et 48h.

Les premiers jours à Villa Nueva furent faits de douleurs thoraciques, d'hyperglycémie, de vertiges et de céphalées, de douleurs abdominales dans les favelas, d'avant-bras fracturé, d'accident de motos, et de quelques cas pédiatriques stables. Chaque

sortie en ambulance est une aventure en soi entre le trafic, les multiples trous dans la route, les virages beaucoup trop serrés. Alors quand c’est une P1, ça secoue…



Zoll est dégainé sur de l’instable ici !

Les premiers jours furent aussi faits de tensions manuelles (le Zoll est dégainé sur de

l’instable ici), d’hésitations, d’habitudes à faire miennes, de relations d’aide à façonner dans une autre langue – ainsi que de regards et de sourires qui parfois, en quelques instants, à eux seuls, se substituent aux mots.

Prévention dans une école primaire

J’écris ces derniers mots à Antigua, à une heure de route de Guatemala City, au calme

dans mon logement. Le chaos de Villa Nueva – la foule, le trafic, les klaxons des camions

(surtout la nuit) – semble bien lointain. Fasciné par cet effort que je trouve surhumain, je me suis tenu au courant des résultats de l’Ultra Trail du Mont-Blanc ces derniers jours. J’ai vu les photos des deux recordmen sur la ligne d’arrivée, lu les mots de Jornet. Je me dis qu’il faut tenir dans la longueur, que chaque effort a besoin de son oasis ; je m’en vais alors profiter du mien.


Tim Blattmann

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