• Florian Ozainne

Stages à l'étranger. Un nouvel envol.

Dernière mise à jour : 2 sept.

Dès les premières années de la formation (CRS, 1999), les étudiantes et étudiants ont été invités à organiser et réaliser des stages à option. Centre des grands brûlés au CHUV, Quai neuf à Genève ou à l'étranger, autant de lieux et destination sortant du cadre habituel. A cette période, j'ai eu la chance d'être référent de différents stages notamment au Honduras, à Londres. La réforme du programme à malheureusement fait disparait ces stages si riches, permettant de personnaliser son expérience en fonction de ses centres d'intérêts.

Par la suite, plusieurs étudiant·e·s sont tout de même partit à l'étranger, sur leur vacances, pour découvrir d'autres facettes du métier, dans un système de santé différent. Corinne Reynard réalise alors un stage au Guatemala, couplé avec son travail de diplôme portant sur la question de la douleur. Elle donnera une suite à cet élan en participant à la création l'association Ambulancières.ers en terres d'ailleurs et en sera la première présidente. Aujourd'hui en voyage autour du monde elle participe activement au retour des stages à l'étranger dans la formation, cette fois soutenu par Movetia (agence nationale pour la promotion des échanges et de la mobilité au sein du système éducatif). Ambulancières.ers en terres d’ailleurs, offre également un soutien financier aux étudiant·e·s (on y reviendra prochainement).


Depuis lundi 22 août , Tim Blattmann, étudiant de 3ème année, est en stage à Guatemala City, dans l'équipe des Bomberos de Santa Isabel, Villa Nueva.

Ce premier article proposé par Corinne Reynard revient sur le travail en amont ainsi que la genèse de ces stages.

Stage pré-hospitalier dans la ville de Guatemala City.

Il y a 20 ans je mettais les pieds pour la première fois au Guatemala. Un pays situé en Amérique centrale, entre le Mexique, le Honduras, et le Salvador. Sa capitale, Guatemala City, accueille aujourd’hui plus de 4 millions d’habitants.

Ce voyage de plusieurs mois, avait à l’époque pour but d’apprendre l’espagnol. Ce pays riche en histoires et en traditions m’a beaucoup plu et, les années qui ont suivi, j’y suis retournée de nombreuses fois. Non seulement pour apprendre à le connaître, mais aussi pour y retrouver les amis rencontrés.

C’est ainsi que j’ai rencontré la famille qui me loge ici depuis toujours. Il y a plus de 12 ans, durant mes vacances d’été, je décide d’effectuer un stage en ambulance dans le cadre de mon travail de diplôme de l’école supérieure de soins ambulanciers de Genève. Celui-ci traitait de la prise en charge de la douleur, sans autre outil à disposition, que le savoir être; en résumé, le relationnel (les médicaments étant à cette période, totalement inexistant en ambulance, ceci, par manque de moyens).

J’effectue donc un stage de six semaines dans un quartier défavorisé de la ville de Guatemala City. Plus exactement à Saint Miguel Pétapa , où se trouve trois casernes de pompiers. Les ambulanciers présents à cette période sont pour certains professionnels, et pour d’autres, volontaires.


Face à un quotidien bien différent de mes habitudes ainsi que des conditions de vie que nous ne connaissons en Suisse, les prises en charge totalement nouvelles requièrent de grandes qualités humaines, puisque qu’il n’y a aucun autre moyens de soulager la douleur des patients que le savoir-être. Cela suscite chez moi un grand intérêt en terme d’apprentissage.


Je me retrouve confrontée par exemple à des plaies par balles, des amputations par machettes et couteaux. Des maladies graves non soignées et non suivies, tel que des nécroses dues au diabète, des accouchements inopinés sans suivi médical, des traumas crâniens, fractures diverses et plaies importantes. Ceci, majoritairement dû aux nombreux accidents de la route; collisions/chutes de motards sans casque (parfois même à trois sur une moto, enfants compris). Ou encore, impliquant des voitures dénuées de ceintures de sécurité et ne possédant pas d’airbags.

Cette expérience, fut incroyablement riche en découvertes, autant humaines que techniques. Intervenir sur ce types d’intervention, qui plus est, sans le matériel nécessaire, à été une incroyable expérience qui est restée gravée dans ma mémoire et qui m’a suivie tout au long de ma carrière professionnelle. Elle m’a apporté de la confiance en moi, et à également développé ma capacité à improviser avec les moyens du bord. Elle m’a aussi permit de me rendre compte, à quel point nous avons de la chance de vivre et de travailler en Suisse en terme de santé publique.


Début septembre 2021.

Florian Ozainne, enseignant de l’école supérieure de soins d’Ambulanciers de Genève me contacte pour m’informer que Tim Blatmann, parlant parfaitement l’espagnol, condition sine qua non pour pouvoir vivre cette expérience, est intéressé à partir pour un stage de début de troisième année, au Guatemala.

Nous étions déjà retourné à San Miguel ensemble dans le cadre de l’association ambulancier en terres d'ailleurs en vu de stages potentiels. Retrouvez ici le récit de ces premiers contacts en 2014.


Je décide donc immédiatement de démarrer les démarches pour pouvoir réaliser ce souhait. Le projet alors rédigé, présenté est heureusement, rapidement validé par la direction de l’école.


Octobre 2021.

Après de nombreuses démarches administratives, l’école obtient des subventions de Movetia. Je suis aussi rémunéré par l'école pour le travail d'ouverture du stage. Ambulanciers en terres d’ailleurs accepte également de soutenir Tim financièrement.

Parallèlement à ces démarches, je me replonge dans la vie guatémaltèque. Je lis, je me documente, je recherche un nouveau lieu de stage. Celui-ci doit correspondre aux attentes de l’école. Une bonne équipe de professionnels en qui je peux avoir confiance, une caserne ouverte 24h sur 24h, des véhicules un minimum entretenus, et les qualités humaines requises pour accueillir un stagiaire.

Pour la réalisation de ce projet, il me faut, non seulement un lieu de stage, mais aussi, un lieu d’habitation sûr et agréable, ainsi qu’un chauffeur privé pour se rendre à la caserne qui se trouve à une heure de route, dans une région défavorisée et donc, potentiellement dangereuse. Connaissant bien cette région, la sécurité et le mot d’ordres pour l’organisation et la réalisation de ce stage.

Finalement, grâce à un contact de confiance, un ami ambulancier avec qui j’ai travaillé il y 12 ans à la caserne de San Miguel Petapa, je suis dirigée sur la caserne de Villa Nueva.

Je prends rapidement contact avec le commandant de la caserne des pompiers. Il accueille le projet avec enthousiasme et motivation. Il semble ravi de participer à la réalisation de ce premier stage de l’école supérieure de soins ambulanciers de Genève.

La caserne comprend deux véhicules de Pompier, une moto-pompe et un véhicule de secours (un camion tonnes), ainsi que trois ambulances. Les « paramedicos » travaillent comme Ambulancier et Pompier.

Au même titre que les autres étudiants de troisième année, le stage débutera le 22 août à la reprise scolaire et se terminera fin octobre.


Mai 2022

Ça y est, il ne reste plus que quelques détails a régler, le rendez-vous est pris, nous nous retrouverons le 20 août à Antigua Guatemala dans l’appartement que je lui ai réservé et où il pourra se ressourcer dans ses moments de congés.

Le lieu est sûr, chaleureux et confortable. Il est tenu par la famille qui m’a accueilli 12 ans plus tôt. J’ai donc toute confiance en eux et je sais qu’il sera aux petits soins dans cette famille guatémaltèque avec qui j’ai noué une solide amitié depuis plus de 20 ans.


Les mois qui ont suivi m’ont permis de prendre contact avec un chauffeur (qui n’a pas été facile à trouver). Mais aujourd’hui cette personne a toute ma confiance et sera quotidiennement avec Tim pour effectuer les trajets de Antigua à Villa Nueva. (Environ une heure de trajet pour se rendre dans la banlieue de Guatemala City).

La dernière démarche fut de demander que les habits de travail soit prêt à son arrivée. Ceci, afin de de pouvoir travailler sans être remarqué, et en toute sécurité.



Aout 2022

Tim arrive dans six jours, je suis pour ma part, déjà sur place, ce qui va me permettre de préparer son arrivée avec les partenaires. Demain je rencontre en personne le commandant de la caserne de pompier pour la première fois , je me réjouis de cette rencontre. Même si les nombreux contacts me donne déjà l’impression de le connaître.

Je suis vraiment très heureuse que ce projet voit enfin le jour, et sa consécration me tient beaucoup à cœur. Quel plaisir et quelle satisfaction de pouvoir participer à cette nouvelle approche de stage à l’étranger (hors Europe), et d’avoir la chance de partager cette expérience unique d’ambulancier au Guatemala en tant que référente et de pouvoir suivre Tim, tout d’abord une dizaine de jours sur le terrain, puis, par vidéo conférence.

Je lui souhaite d’en apprécier chaque instant, de vivre pleinement la chaleur humaine que vont lui témoigner les habitants de ce si beau pays.

Corinne Reynard

Ambulancière ES

Vacataire à l'EsAmb en charge des stages Erasmus.



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